Archives mars 2020

BANDE ANNONCE


Mot de la Présidente


Mot de Christian Hugonnet

Président de la Semaine du Son France


 

Table ronde: Les enjeux du sonore dans le système éducatif

Le son et l’écoute sont-ils suffisamment pris en compte dans l’éducation? Quelles perspectives souhaitons-nous offrir aux jeunes générations en matière d’éducation relative à l’environnement sonore ? Des alertes sont données, des enquêtes sont effectuées, des outils sont proposés, toutefois, aucune prescription officielle ne relie ces éléments et ne balise, pour le milieu scolaire, une démarche éducative qui favoriserait une meilleure prise de conscience de l’environnement sonore tout au long de la scolarité de l’élève.

Quels impacts le son a-t-il sur l’enfant ? Comment les acteurs liés aux constructions d’établissements scolaires prennent-ils en considération cette dimension ? Comment peut-on accompagner les enfants dans cette prise de conscience nécessaire ? Qu’entend-on par pollution sonore, comment la situer par rapport à la psychologie sonore de chacun ? Peut-on jouir du son, utiliser sa richesse et se protéger de ses excès ? L’éducation musicale peut-elle tenir un rôle déterminant dans l’appréhension et la compréhension du sonore ?

En donnant l’opportunité aux enfants d’apprivoiser le processus de cette soumission consentie par ignorance, nous contribuons à former les acteurs d’une nouvelle société fondée sur l’écoute et le partage dans le respect des différences de chacun. 

Invités:

  • Vincent Bouchard-Valentine, professeur de musique à l’UQAM.
  • Ingrid Verduyckt, professeure adjointe à l’École d’orthophonie et d’audiologie.
  • Romain Dumoulin, acousticien au CIRMMT de Mc Gill.
  • Valerie Restrepo, directrice de l’école du Collège International Marie de France
  • Pascale Goday, enseignante en éducation musicale et chant chorale et doctorante à l’UQAM
  • Emmanuelle Lizère, directrice artistique du Vivier et modératrice durant la table ronde


 

VILLE SONORE

Catherine Guastavino

Montréal comme laboratoire vivant sur les ambiances sonores


Le son pour les praticiens en aménagement

Edda Bild

Aperçu d’un cours spécialisé sur une introduction au son



La télépoésie

AJ/Poète pluriel

Un concept séparant l’espace et le temps pour un acte poétique collectif relié.

La télépoésie : de télé du grec ancien tễle : loin (à distance) et de poésie du grec poïesis : création.
« La cause qui, quelle que soit la chose considérée, fait passer celle-ci du non-être à l’être » nous dit Platon dans Le Banquet. La poïésis est ici indissociable de la praxis, car en télépoésie, l’œuvre qui se fait de façon immanente, comme une performance dès lors qu’elle est fixée, a la faculté de devenir pérenne…

Il est important de revenir sur le concept d’immanence à propos de l’œuvre en train de se réaliser car bien souvent dans l’acte télépoétique les praticiens sont des improvisateurs en situation de perception et de captation d’énergies extérieures (transcendantes) qu’ils essaient d’harmoniser avec leur potentiel créatif acquis par l’expérience, la culture, le vécu, en fonction de leur « terrain perceptif » consubstantiel à leur singularité essentiale.

On l’aura compris, l’improvisation ici n’est pas considérée comme une posture mais bien comme un état ; état que l’on peut rapprocher de celui du chaman… un chaman toutefois bien particulier, car le rôle de celui-ci se limite à percevoir les énergies afin de les alchimiser en vibrations artistiques…

Mots-clés corrélés au concept de Télépoésie

-Reliance : entre les actants et le monde (humains, non humains, plus qu’humains…).
Sérendipité : pour un heureux hasard convoqué.
Rapports : deuxième genre de connaissances chez Spinoza (L’éthique).
Epokè: mise entre parenthèse du monde et réduction pour atteindre une intersubjectivité reliée

Reliance : L’être humain ne peut qu’exister dans la liance aux autres et à l’environnement qui lui permet de rester vivant ; toutefois certains aléas peuvent entrainer des ruptures. Apparaissent alors des déliances qui sont des traumatismes coupant l’humain de la globalité dans laquelle il évolue. Il faudra alors une reliance pour pouvoir retisser les liens fondamentaux qui lui permettront de vivre à nouveau parmi les autres dans la conscience de l’importance de l’écosystème. Cette position éthique est la base de la reliance. 

La télépoésie est une façon artistique de montrer sa nécessité, la différence de chacun servant la réalisation d’un projet collectif relié au monde naturel.

Le terme de reliance a été utilisé pour la première fois au début des années 1950 par des chercheurs qui l’ont appliqué à la presse et aux médias. Le concept de reliance apparaît en 1963 sous la plume de Roger Clausse comme un « besoin psychosocial (d’information) : de reliance par rapport à l’isolement ». Dans les années post-1968, ce concept s’impose sous l’impulsion de Marcel Bolle de Bal. À la notion de connexion, la reliance ajoute le sens, la finalité, l’insertion dans un système. 

La reliance ne peut se concevoir sans sa racine la liance et son antagonisme la déliance. La déliance se définie comme une absence de liens découlant de la rupture d’une liance ou d’une reliance. Edgar Morin, s’appuyant sur la théorie de l’inséparabilité, montre que le couple déliance-reliance constitue une des formes fondamentales de la vie. 

Jean-Louis LE MOIGNE pense que Gaston Bachelard aurait été heureux d’en disposer lorsqu’il s’interrogeait en 1934 sur l’irréductible complexité du concept de relation, en une formule qui garde toujours sa puissance : « Loin que ce soit l’être qui illustre la relation, c’est la relation qui illumine l’être ».

Sérendipité : Pour un heureux hasard convoqué. De l’anglais serendipity forgé par Horace WALPOLE en 1754, à partir du conte oriental Voyages et aventures des trois princes de Serendip de Cristoforo ARMENO, traduit par Louis DE MAILLY. Dans le monde francophone, le concept de sérendipité adopté dans les années 1980 prend parfois un sens très large de « rôle du hasard dans les découvertes ».
En 2014, une définition plus générale en a été donnée en langue française par Sylvie CATELLIN (1974), chercheure en sciences de l’information et de la communication : « l’art de découvrir ou d’inventer en prêtant attention à ce qui surprend et en imaginant une interprétation pertinente ». Cette dernière définition, si on y retire « ce qui surprend », se rapproche du concept de l’improvisation qui convoque le hasard ou le résultat d’un accident attentivement décrypté comme leBigidi de Lena BLOU « trébucher mais ne pas tomber » qui devient le moteur d’une façon de bouger (danse).

Lien : http://www.fr.lenablou.fr/fr/Lenablou/le-bigidi.html https://www.youtube.com/watch?v=u8Oojo5pJqg&t=24s

Rapports : Le deuxième genre de connaissances de Baruch SPINOZA (L’Ethique) : « …c’est la connaissance des rapports, à savoir, la manière dont mes rapports caractéristiques se composent avec d’autres, et dont mes rapports caractéristiques et d’autres rapports se décomposent…. Exemple : …je sais nager : ça ne veut pas dire forcément que j’ai une connaissance mathématique ou physique, scientifique, du mouvement de la vague ; ça veut dire que j’ai un savoir-faire, un savoir-faire étonnant, c’est-à-dire que j’ai une espèce de sens du rythme, la rythmicité. Qu’est-ce que ça veut dire, le rythme ? Ça veut dire que mes rapports caractéristiques, je sais les composer directement avec les rapports de la vague. Ça ne se passe plus entre la vague et moi, c’est-à-dire que ça ne se passe plus entre les parties extensives, les parties mouillées de la vague et les parties de mon corps ; ça se passe entre les rapports. Les rapports qui composent la vague, les rapports qui composent mon corps et mon habileté lorsque je sais nager, à présenter mon corps sous des rapports qui se composent directement avec le rapport de la vague. Je plonge au bon moment, je ressors au bon moment. J’évite la vague qui approche, ou, au contraire je m’en sers, etc… Tout cet art de la composition des rapports ». (Gilles DELEUZE : Les genres de connaissance, extrait du « cours sur Spinoza », Vincennes, 17/03/81 https://spinoza.fr/les-genres-de-connaissance-extrait-du-cours-de-gilles-deleuze/

Les rapports pour l’écoute intuitive et intersubjective entre l’acte que je suis en train de faire et ceux auxquels il est corrélé sans interférer sur eux … juste une alchimie un apprivoisement naturel vers une pensée nomade ou créole comme la pensée archipélique d’Édouard GLISSAN…

Epokè: Ici le sens est différent de son sens premier de interruption. La mise entre parenthèse du monde permet par réduction d’atteindre une intersubjectivité non dans l’oubli momentané du monde mais dans la conscience de sa reliance. La suspension du jugement est le point de départ de l’expérience de pensée qui convoque la vacuité comme espace entre. Il s’agit d’être le vide, comme état de conscience de l’oubli car si le je disparait, le il de l’objet disparait également, seule la vacuité demeure dans une absolue reliance tenue en quelque sorte par une pensée sans penseur, un état méditatoire proche de l’extase des grands mystiques…

Pour la télépoésie, entrer dans le cœur du phénomène provoqué par la proposition demeure un défi car celui-ci est dépendant de l’énergie émanant de la créativité « mystique » (dans le sens premier de qui confère au mystère) des actants. Il s’agit d’une énergie collective faite d’un entrelac de vibrations interreliées générant un ensemble de monades toutes autonomes et complémentaires, la difficulté de l’analyse se situe donc dans la multiplicité des sujets. La pensée interreliée de l’ensemble des actants, considérée comme substance en tant que substrat dont nait toute chose agit non sur les sujets mais sur les flux des énergies traversantes qu’ils émettent. Ce rayonnement résultant de cet acte collectif singulier entre dans une poétique de la reliance. « L’éternité » n’est pas loin pour un voyage dans l’instant par-delà la distance (l’espace). La phrase de Spinoza « à chaque instant j’expérimente mon éternité » semble particulièrement adaptée à la situation : mourir pour renaître vierge, équanime afin de revivre par l’expérience de pensée la force d’un égo collectif …vers l’avènement d’un groupe-individu.

Pour simplifier, gardons l’idée d’intersubjectivité afin de supprimer la distance entre l’observateur et la chose observée, un processus husserlien longuement développé par Krishamurti, mais qui semble déjà présent dans la pensée védique. S’adonner à la pensée c’est faire abstraction de notre environnement, le mettre un moment entre parenthèse afin de se retrouver nu face à notre propre vacuité en tant que monade contenant la totalité du monde mais n’en donnant que l’éclairage particulier de son ipséité. L’état-récepteur de l’improvisateur laissant son corps-instrument interpréter l’aléa, comme le nageur épousant la vague dans l’exemple de Gilles Deleuze ou soumis au bigidi de Léna Blou participe pour un temps au rééquilibrage des énergies. La sérendipidé est en quelque sorte son fond de commerce noble.

Origine du concept.

J’ai imaginé ce concept dans les années 1990 pour l’élaboration d’un projet sur l’espace et le temps intitulé Les horloges cosmiques dédié aux travaux du poète Russe Vélimir Khlebnikov. Implantation sur les cinq continents de structures plastiques méditatoires qui émettaient 14 fois par 24 heure (découpe d’un temps aléatoire tiré de la vision d’un temps poétique de Vélimir Khlebnikov)

Les Horloges Cosmiques. Les Horloges Cosmiques étaient des installations plastiques et sonores implantées en différents points du monde de novembre 1999 à janvier 2001. Les horloges étaient destinées à «accompagner» le passage dans le troisième millénaire reliées musicalement et poétiquement entre elles, elles ponctuaient le temps en émettant simultanément quatorze fois par 24h  (temps poétique) des «sonneries musicales» autonomes  et complémentaires 

Pour en savoir plus: 

S.Cattelin. (1974) Sérendipité du conte au concept Paris Seuil

L.Blou. Bigidi : http://www.fr.lenablou.fr/fr/Lenablou/le-bigidi.html 

M Bolle De Bal Reliance, déliance, liance: émergence de trois notions sociologiques, Sociétés 2003/2 (n 80), pages 99 à 131.

MORIN (1996) Vers une théorie de la reliance généralisée dans l’ouvrage de Marcel BOLLE DE BAL (1996) Voyage au cœur des Sciences Humaines de la reliance , Paris, Editions L’Harmattan, Tome 1, pp. 315-326,

Deleuze(1981)Les genres de connaissance chez Spinoza ) Vincennes  https://spinoza.fr/les-genres-de-connaissance-extrait-du-cours-de-gilles-deleuze/

E.Glissan (2008)  extr ait de conférence séminaire de l’ITM Philosophie du tout-monde Paris espace Agnès B.  consulté à l’adresse ; http://www.edouardglissant.fr/penseearchipelique.html

Michel Camus La phénoménologie de Husserl. Emission de radio.  consulté à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=Xhz5kqU0q_8&t=3238s